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L’association Cadres Entraide en mal de bénéficiaires

ÉCOSYSTÈME
MERCREDI 17 MARS 2021

L’association organise des groupes de travail plusieurs fois par an – Photo Cadres Entraide

Depuis 1996, l’association Cadres Entraide accompagne les cadres en recherche d’emploi. Une mission qu’ont à cœur les 20 bénévoles œuvrant dans les locaux, à Artigues-près-Bordeaux. Pourtant depuis janvier 2021, les bénéficiaires ne sont plus au rendez-vous et cela inquiète le président, Jean-Paul Huet.

Il y a 25 ans que l’association Cadres Entraide a vu le jour, à l’initiative d’André Brison, ingénieur des Mines. « Il voulait aider les cadres en recherche d’emploi, explique le président actuel Jean-Paul Huet. Aujourd’hui nous sommes une vingtaine de bénévoles, et tous avons eu un parcours professionnel de cadres. En connaissant les arcanes des métiers nous pouvons aider nos bénéficiaires. »

Jean-Paul Huet, lui, a réalisé toute sa carrière dans l’informatique et l’organisation. Travaillant pour des groupements d’intérêt économiques, des banques, puis au sein du géant Capgemini en tant que directeur de programmes, il est entré dans l’association une fois retraité. « J’ai beaucoup reçu durant ma carrière, alors j’ai voulu donner à mon tour. »

Une centaine de personnes accompagnées chaque année

Si Cadres Entraide est basée à Artigues-près-Bordeaux, elle œuvre sur toute la métropole bordelaise voire au-delà. Deux sortes d’accompagnement sont proposées : collectifs ou individuels. Chaque année une centaine de bénéficiaires y sont suivis, orientés par des structures comme Pôle Emploi, l’APEC, ou venus spontanément. « Nous avons un taux de retour à l’emploi de 70%, précise Jean-Paul Huet. C’est beaucoup, et souvent on nous demande comment on fait… Nous n’intervenons pas dans les mêmes conditions que Pôle Emploi, tout simplement ! Ils ont des milliers de personnes à suivre, quand nous n’en avons « que » 100. Alors forcément notre travail est plus important quantitativement… »

Les bénévoles animent des groupes de travail collectifs plusieurs fois par an, mais aussi des séances individuelles. « Je pense que c’est une grande force pour nous, d’avoir une connaissance concrète des métiers. Cela rassure les participants qui ont l’impression d’être entourés. Surtout nous ne recrutons que des bénévoles professionnels et dévoués car dans nos accompagnements il faut faire attention. Ne pas déborder sur le perso, rester dans son rôle. »

Des profils très variés

Le premier groupe de travail collectif, nommé « co-searching », est à destination de personnes autonomes dans leur recherche d’emploi, maîtrisant les outils et les méthodologies nécessaires. « Souvent elles se retrouvent dans une problématique d’isolement, reprend le président. Avec ces groupes elles peuvent se retrouver, généralement l’émulation perdure et les bénéficiaires continuent d’échanger ensemble après les quatre semaines de programme. »

Le second groupe d’accompagnement est baptisé « objectif retour à l’emploi ». Plus intense que le premier, il dure neuf semaines et s’adresse à des personnes éloignées de l’emploi, n’ayant pas travaillé depuis trois, cinq voire sept ans. « Avec ce public il s’agit d’abord d’œuvrer sur la confiance, reprend Jean-Paul Huet. Ils ont souvent perdu confiance en eux, ils sont ou se sentent incapables de se remettre seul à une recherche d’emploi. Notre objectif est de leur montrer que, oui, ils savent faire des choses. »

Cadres Entraide n’accueille aucun « profil type ». Autant de femmes que d’hommes poussent la porte de l’association, des jeunes diplômés n’arrivant pas à décrocher un premier emploi comme des soixantenaires devant encore travailler quelques années. « Ces derniers ont souvent peur de la transformation numérique. Toutes les entreprises ne se sont pas encore restructurées, tournées vers le digital, et lorsqu’elles le font des cadres exerçant depuis des dizaines d’années peuvent avoir peur de maîtriser ces nouveaux outils. Aujourd’hui il faut surtout être jeune et sortir du numérique », résume le président de l’association. Alors, les bénévoles expliquent. Ils motivent les bénéficiaires, leur montrent l’intérêt d’être curieux et de se remettre « à la page ». Mais ce qui inquiète, depuis janvier, c’est l’absence cruelle de ces bénéficiaires.

Le grand vide avant une vague de demandeurs ?

En 2020 malgré les débuts de la crise, Cadres Entraide n’a pas enregistré un surcroît de demandes. Et depuis plusieurs semaines, les bénéficiaires se font rares… Voire très rares. « Il y a un assèchement des demandes ahurissant, lâche, soucieux, le président. Nous avons carrément dû annuler une session il y a peu car une seule personne s’y était inscrite… » Pourtant les bénévoles ne lésinent pas sur les moyens. Campagnes sur les réseaux sociaux, partenaires institutionnels pour communiquer, tout est fait pour se faire connaître. « Nous ne sommes pas la seule association d’aide à l’emploi à constater cela. Les gens semblent figés par la situation actuelle, les enjeux… On ne sait pas où l’on va et cela leur enlève toute forme d’investissement. »

L’association doit pourtant remplir les sessions car si la participation, payante, relève du symbolique, ce sont des subventions qui font vivre la structure. Des subventions conditionnées à un certain nombre de bénéficiaires, et Jean-Paul Huet redoute de voir cet montant diminuer. « Nous ne sommes peut-être pas encore en péril car nous gérons notre trésorerie mais à long terme cela pourrait être problématique. Le plus frustrant c’est que nous venons d’investir 5.000 euros pour réaménager totalement les locaux et ainsi pouvoir accueillir des groupes dans de bonnes conditions sanitaires. »

Jean-Paul Huet redoute aussi un redémarrage brutal de l’activité, « que les personnes se réveillent toutes en même temps », lorsque la situation sera revenue à la normale. « Dans ce cas nous ne serons pas assez nombreux pour accompagner tout le monde », conclut le président de l’association.

Cadres Entraide
Basée à Artigues-près-Bordeaux
www.cadres-entraide.fr

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